Terra Incognita

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2007/05/04

Mai 2007

Nous voilà dans le dernier droit de la session !

Comme d'habitude, je retiens mon souffle et espère pouvoir garder le peu de santé mentale qu'il me reste d'ici la fin de la session.

En espérant que je pourrai regénérer cet été.

Peut-être pourrai-je enfin entammer une pile sans cesse grandissante d'ouvrages à lire...

De votre côté, comment mai 2007 s'annonce ?

4 Comments:

Blogger Simon said...

Pourquoi un professeur plate a plus de chance de survivre à long terme...

J'aimerais vous faire part d'une réflexion que j'ai depuis quelques jours. Elle concerne une vision darwinienne de l'enseignement.

Elle a débutée en 2004 lorsque je travaillais comme animateur au Mont-Mégantic. Je me rappelle que plusieurs de mes collègues me trouvaient très bon (énergique, intelligent, dynamique, passionné, drôle, vivant, etc.).

Je "polarisais" les gens en général et les visiteurs en particulier. Où tu m'aimais, où tu me détestais.

L'un de mes collègues animateur était très moyen, voire légèrement mauvais (toujours selon l'avis des pairs). La plupart du temps, les visiteurs soit écoutaient passivement, soit s'emmerdaient royalement.

À la fin de nos contrats respectifs d'embauche, l'un de nous deux a reçu son droit de rappel* et pas l'autre. Qui pensez-vous...

Je vous le mets dans le mile : ce fut mon collègue.

Pourquoi ?

Évidemment, je me suis posé bien des questions à l'époque, postulant bien des choses, mais je n'avais que de vagues hypothèses.

Ces derniers temps, je me repose les mêmes questions dans un autre cadre : l'enseignement (et, plus particulièrement, l'enseignement collégial).

Ayant souvent l'esprit en feu, voyageant en courant dans les chemins infinis de la connaissance, je trouve souvent mes collègues bien amorphes dans leur enseignement. Je croyais tout d'abord que ce calme arrivait avec l'âge jusqu'à ce que je côtoie des collègues ayant le même âge que moi.

Ces derniers sont presque aussi amorphes, aussi plates, que mes collègues plus âgés.

En constatant ceci, et en voyant ma relation avec les étudiants, je commence à penser que je pénètre dans la même boucle qu'en 2004. Je répète les mêmes attitudes en enseignement qu'en animation.

Les visiteurs qui m'aimaient passaient un moment extraordinaire au Mont-Mégantic. Je recevais des compliments et je ne compte plus les fois où les gens me disaient qu'il fallait absolument que je fasse un enseignant. Plusieurs écrivaient aussi des commentaires positifs dans le livre des commentaires que nous laissions à leur disposition.

Ceux qui me détestaient laissaient également des commentaires péjoratifs et se plaignaient parfois auprès de mes supérieurs.

Ceux qui ont déjà travaillés avec le public savent qu'il ne suffit que d'une personne chiante pour effacer la bonne humeur accumulée avec 10 personnes gentilles. C'est la même chose en animation.

Mon collègue animateur plate ne heurtait personne. Au pire, les visiteurs passaient un 2 heures ennuyant. Au mieux, ils étaient intéressés durant certains moments (plus ou moins fréquents). Mais quelque chose de sûr : il n'y avait pas de quoi porter une plainte...

C’était la même chose avec mes collègues animateurs. Parfois, ils passaient de très bons moments avec moi. D’autres fois, c’était difficile. À la fin, c’est des moments difficiles dont ils se souvenaient…

Je crois que c’est la même chose avec mes étudiants.

L’année passée, ils ont eu des hauts et des bas avec moi. Lorsque je leurs ai donné, à chacun, un livre, je crois qu’ils ont à peu près tous appréciés. Lorsque j’en ai laissés 18 sur 30 dans le couloir parce qu’ils avaient pris une pause trop longue (j’exige la ponctualité en classe), je crois qu’ils ont à peu près tous détestés.

Dans les commentaires de mon évaluation, tous ont mentionnés leur mécontentement quant à ma gestion très rigoureuse des retards. Personne n’a parlé de son livre…

Plusieurs étudiants doivent m’apprécier et plusieurs doivent me détester. Dans l’isoloir, plusieurs se manifestent.

Par exemple, la question G56, du questionnaire d’évaluation de l’enseignement du Collège Lionel-Groulx, dit : « Si mon choix de cours m’amenait à avoir un 2e cours avec ce prof. » : 1- Je chercherais à me désinscrire 2- Je serais déçu(e) 3- Je serais content(e) 4- Je serais enthousiaste.

31 % de mes étudiants de l’hiver 2006 ont répondu 1- Je chercherais à me désinscrire. 64 % ont répondu 1 ou 2.

J’avais demandé qu’une copie soit envoyée à l’administration (je n’envisageais pas de revenir travailler à Lionel-Groulx). Je disais qu’il fallait que ces derniers soient le plus au courant possible concernant les commentaires laissés par les étudiants.

Finalement, la personne ayant compilée les résultats n’a pas laissé de copie à l’administration.

Si elle avait suivie mes instructions, probablement que je n’aurais pas été engagé à cette session pour enseigner à Lionel-Groulx. J’aurais perdu mon « droit de rappel ».

Je vais bientôt passer le questionnaire d’évaluation à mes étudiants de la session actuelle et je n’envisage pas une grosse différence par rapport à l’année passée.

Non symétrie de l’amour/haine et de l’indifférence…

Je repense au premier paragraphe d’Anna Karénine de Tolstoï : « […] les familles heureuses se ressemblent toutes ; les familles malheureuses sont malheureuses chacune à leur manière ». Je crois qu’on peut appliquer cela aux deux attitudes que sont l’amour/haine et l’indifférence.

Amour/haine

Certaines personnalités vont nous passionner et nous détesterons d’autres. Les deux sentiments sont très proches et peuvent s’inverser dans le temps plusieurs fois et de manière plus ou moins rapide. Les causes de l’amour/haine envers une autre personne me semblent nombreuses et pas toujours claires. Ce n’est pas important ici.

Tout ce qui est important, c’est de savoir que sur un groupe formé de manière aléatoire, nous aurons toujours des affinités avec certaines personne et moins avec d’autres. Si les personnes avec qui nous avons moins ou pas d’affinités nous sont imposées, il risque d’y avoir de la friction.

Ainsi, je suis imposé à un groupe de 30 personnes formé de manière quasi-aléatoire.

La passion n’a d’intérêt que si elle peut être partagée. Si je suis seul à l’avant à monter mon monde imaginaire, à explorer les chemins qui me sont inconnus de la connaissance, je me retrouve dans la situation du « […] la mer plus petite que soi….mais tu ne la vois pas. ».

Je les force donc à me suivre. Cependant, c’est loin d’être la majorité qui puisse le faire.

Je leurs pose des questions, je leurs fait calculer des trucs, je les confronte quand ils parlent entre eux, je les empêche d’entrer en classe quand ils sont en retard (le voyage est commencé, le train est parti. Tu embarqueras la prochaine fois), je les chicanes quand ils ont les bras croisés ou que leur calculatrice n’est pas sortie ou que leur livre n’est pas ouvert, etc...

Avec cette manière de faire, en les faisant monter et descendre à toute vitesse leurs montagnes russes émotionnelles, je les polarise presque immédiatement : tu m’aimes où tu me hais.

Indifférence

En revanche, l’indifférence se manifeste chez tous de la même manière. On évite les montagnes russes émotionnelles. On traverse la rivière sur le calme plat en espérant que la vie sera comme ça. Ils arrivent en retard ? Ils ne prennent pas de notes ? Ils n’écoutent pas ? C’est eux les pires. On passe à travers le cours et on ne se souvient plus du nom du professeur 2 ans plus tard.

Conclusion

Pour les mêmes raisons qu’en animation, je rencontre des difficultés avec cet emploi. Je ne sais pas si je pourrai survivre à l’enseignement collégial avec ces difficultés. Pour l’administration, un étudiant = subventions. Un professeur = remplaçable. Si le professeur stresse trop les étudiants, s’ils échouent à ses cours, si une minorité se plaint de lui, tu le vires. Sélection « naturelle ».

Alors, on se retrouve avec des gens qui doivent fitter avec le plus de monde possible sans soulever de vagues. Des gens sans couleurs car, s’il exprime n'importe laquelle d'entre elles, il y aura toujours quelqu'un pour la détester et s'en plaindre. Plainte ? Dehors !

Au Québec, c'est le 7 jours la revue la plus lue, pas le Québec Science ou Le Couac. Rien qui va soulever chez vous de violentes émotions.

La morale de l'histoire est que nous avons ce que nous méritons. N'étant pas capable d'accepter de se faire dire la vérité, nous nous retrouvons, dans notre entourage, avec des gens qui, au mieux, se taisent lorsqu'ils devraient nous dire nos défauts ou, au pire, nous disent exactement ce que nous voulons entendre.

Et moi, je regarde mes collègues en imaginant des maman-oiseaux. Elles disent à leurs oisillons : « Oui, tu es très bon, tu as mis 15 heures pour faire ce devoir et c’est tout croche ? Ce n’est pas grave, tu as travaillé tellement fort que je te mets 85 % ! »

Après, elles s’étonnent qu’en quittant le nid, les oisillons se cassent le cou au sol parce qu’on leur a toujours dit qu’ils savaient voler…

Simon
__________
*Le droit de rappel est une obligation de l'employeur de rappeler un ancien employé lors de l'ouverture d'une tâche de travail pour automatiquement l'offrir à ce dernier. Si ce dernier refuse, l'employeur peut offrir l'emploi à un autre ancien employé (par ordre d'ancienneté). Quand la liste est entièrement passée, il peut ouvrir à tous l'emploi.

7 mai 2007 à 19 h 32  
Anonymous Anonyme said...

Ouaissss, méchant commentaire (j'arrive de ma deuxième journée de travail à la pharmacie)... :) Je l'ai lu jusqu'à la fin...oufff. Mais j'avoue que je suis entièrement d'accord avec ce que tu exprimes sur les gens incolores, je me sens souvent comme ça moi aussi, je ne ressemble pas souvent aux autres et je crée souvent des sentiments très opposés : ), quoi que ce ne soit pas en enseignant : ). Je ne savais pas que tu étais si sévère pour les retards ;). Mais je sais que le manque de coloration n'est pas une affaire d'âge, les gens, malheureusement, naissent souvent et meurent souvent comme ça, j'en ai bie peur. Ce sont ces gens qui viennent parfois me faire de la peine ou alors me ralentir la cadence : ). Te dire que j'approuve ta pensée n'est sûrement pas ce dont tu as besoin mais j'espère que tu passeras au-travers de ta session sans trop de troubles...fais-toi s'en pas, la tranquilité du village que tu habiteras bientôt arrangera le reste... ; ). Et, pour avoir rempli des commentaires sur des professeurs et des cours à maintes reprises, laisse-moi te dire que c'est souvent un acte de désinteressement total de la part des élèves et que parce que ça les emmerde de le faire, ils ont souvent tendance à trancher du plus négatif si jamais ils hésitaient.
P.S. Je sais que ce serait tellement plus facile si tu avais une classe de 30 comme moi ; )...

**À bas l'indifférence, à bas l'incolore !!! : )**

~*Amélie : *~

8 mai 2007 à 15 h 51  
Blogger Simon said...

Salut,

J'en étais pas certain en le publiant, mais quand tu as précisé que tu l'avais lu jusqu'à la fin, tu m'as convaincu que c'était un très long commentaire qui pouvait en décourager plusieurs.

Tu as raison. 3 mois de tranquilité à St-Honoré, isolé dans ma maison, devraient m'aider à redevenir un peu plus positif après cette année surchargée.

Et puis, tu aimes être pharmacienne ?

Simon

8 mai 2007 à 16 h 48  
Anonymous Anonyme said...

Salut !!!
Tu sais bien que mon commentaire sur la longueur de ton texte n'était pas sérieux -- serait-ce vraiment mon genre de faire des reproches du genre... :)

Pour ce que est d'être apprentie pharmacienne, à date, j'adore, c'est certain... mais je fais plus un travail de technicienne en pharmacie, ce que j'adore vraiment...même compter les pilules, étiquetter les commandes et prendre des appelsme fascinent. Je suis stagiaire à temps partiel avec mon maître, quand ça adonne et que nous n'avons pas trop de travail (j'ai 120 h à faire en stagiaire et plusieurs dizaines d'objectifs à atteindre). Je discute avec elle et je l'observe parfois, mais tu sais, la première semaine, c'est la première semaine. Je pense que je vais bien aimer cette profession, les pharmaciens sont rendus tellement proches des gens, tellement nécessaires pour leur santé... Je me rends compte que c'set beaucoup de responsabilités (autant que je le croyais), mais que l'expérience viendra avec le temps. Sur ce, je te souhaite un bon samedi, et à la prochaine, bonne dernière petite portion de la session (qui, je sais est toujours trop longue ; )) !!!

*~Amé~*

12 mai 2007 à 09 h 45  

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