Terra Incognita

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Emplacement : Chicoutimi, Québec, Canada

2006/03/30

Avril 2006

Le printemps est là depuis un petit moment à Ste-Thérèse. Ici, quelques centaines de kilomètres plus au sud de Chicoutimi, la température est généralement plus douce.

Avril s'ouvre sur la deuxième moitié de ma session d'enseignement. Je dois dire que la première moitié n'a pas été de tout repos et je me demande comment j'arriverai à passer à travers la seconde. Mes cours ne sont pas préparés à mon goût et, conséquemment, je ne donne pas une performance à la hauteur de mes attentes.

Il semblerait que ça soit ça la vie d'enseignant collégial en 2006. Après les belles années du début (1967), un coup de hache majeur (décret de 1982), un autre coup de hache (réforme Robillard en 1993) et le récent décret (2005), le système continue à s'écrouler sous sa propre bureaucratie. Je dois dire que je comprends de plus en plus la haine de la génération X envers la génération des baby-boomers, résumée partiellement par le Dr. Jean-François Chicoine à Tout le monde en parle la semaine dernière, alimentée par diverses statistiques et cristallisée par le dépôt du dernier budget provincial avec son Fond des générations...

Ils ont emprunté pour construire le Québec, on va continuer à payer pour que NOS enfants puissent avoir plus de chances que nous et puissent vivre avec une dette per capita moins élevée.

Mais, comme d'habitude, je me plains la bouche pleine. Quand on a été élevé par des syndicalistes, le chiâlage (mettez deux accents circonflexes sur le "a") devient une seconde nature...;o)

Qu'est-ce qui se passe en avril en ce qui vous concerne ?

4 Comments:

Blogger Simon said...

Lettre que tu ne recevras jamais

Salut Olivier,

Tu es mort le 17 mars dernier à l’âge de 28 ans. En un mois, une tumeur t’a terrassé.

Je suis venu te voir à l’hôpital le 6 mars. Tu sortais du coma et reprenais de la motricité tranquillement. Tu ne pouvais pas parler mais tu m’as reconnu. Ton père et moi, nous étions pleins d’espoir. Ta force et ta jeunesse nous permettaient d’y croire. Une biopsie effectuée trois jours plus tard nous a enlevé cet espoir.

J’aimerais trouver les bons mots pour exprimer ce que j’ai ressenti et ce que je ressens encore, mais ils ne viennent pas.

J’ai eu l’occasion dans ma vie d’avoir plusieurs convictions. Aucune n’a survécu avec le temps, mais au moment où je les vivais, j’arrivais à les exprimer partiellement par écrit. Mais ici, une seule chose m’envahi : c’est le vide.

Nous vivons à un rythme effréné. C’est cliché, mais c’est ça. On est à la recherche de quelque chose et, à défaut de trouver, on court à gauche et à droite après toutes sortes d’illusions. « La trentaine, la bédaine, les morveux, l’hypothèque. Les bonheurs et les peines, les bons coups et les échecs. Travailler, faire de son mieux, n’arracher, s’en sortir et espérer être heureux un peu avant de mourir. » Espérer être heureux un peu avant de mourir...

On se promet toujours de se voir, remettant à plus tard, toujours à plus tard. C’est ainsi que l’on ne s’étaient pas vu depuis l’enterrement de vie de garçon de Benoît, 7 mois avant que tu ne meures. Il fallait bien que nous courions à gauche et à droite, encore et toujours, après nos illusions.

C’est sur une montagne emplie d’arbres portant ton nom que Jésus à vécu l’un des instants les plus difficiles de sa vie. Il fut confronté à la peur et au doute. « Père, si vous voulez, détournez de moi ce calice. »

Ta mort, Olivier, me fait vivre ces mêmes sentiments. Je vois la douce porte de la croyance, me promettant soutient et réconfort dans l’épreuve, mais je refuse d’en franchir l’arche. En ce qui me concerne, c’est le chemin plein de ronces qui m’attend.

Je continue donc mon parcours dans le désert du nihilisme, plus faible que jamais, n’ayant pas le don de la foi qui me permettrait de franchir l’implacable doute qui me ronge.
« J’aurai toujours les yeux pleins d’eau, mais j’les aurai toujours ouverts. »

Comte-Sponville dit qu’il faut passer par le désespoir pour atteindre le bonheur. Ça a pris 40 jours à Jésus dans le désert pour trouver Son chemin. Combien d’années réussirais-je encore à vivre ainsi, à construire des châteaux de sable qui finissent tous par s'écrouler et se perdre dans le relativisme ou le déterminisme absolu ? M'enfin...

En ce qui me concerne, mon ami, je garderai en tête cette journée de juillet 2005 où nous nous sommes tous réunis à St-Fulgence. Après des années, on s'est vu le temps d'un jour pour vivre la vie.

Nous marchons tous dans le noir, aveugles et perdus, mais, parfois, en de brefs moments, on se trouve. Le temps s’arrête alors pour nous permettre de vivre ce contact, cette lumière dans le noir, cette petite étincelle entre deux éternités d’obscurité. « Une étoile filante. »

Je suis heureux car j'ai pu avoir l'un de ces moments en ta compagnie. Être heureux un peu avec toi avant de mourir.

Adieu Olivier Claveau.

10 avril 2006 à 10 h 59  
Anonymous Anonyme said...

Je suis désolée que la plupart des gens se remettent en question en côtoyant la mort de si près... mais l'être humain est fait ainsi : il se croit éternel tant qu'il n'a pas été freiné par son propre corps mortel.

L'argent, le "pétage" de broue, ça ne sert pas à être meilleur. J'ai, pour ma part, décidé que ma vie ne tournerait pas autour de l'argent. Je vis pour être heureuse, non pour m'acheter du bonheur, mais cela, peu sont à même de le comprendre...

Mais voilà que moi aussi, malgré mes bonnes (à mon sens seulement) résolutions de vie, je suis confronté au glaive qui gravite au-dessus de ma famille. Mon conjoint a été diagnostiqué leucémique l'été dernier et doit vivre à présent, avec des capacités réduites. Les traitements proposés à l'alternative de la mort assurée dans son cas, lui enlève toute trace de bien-être et le goût à la vie ne se garde que par la présence de nos jeunes enfants.

Non, il ne faut pas penser que tout est éternel. La facade que nous donnons aux autres, celle que nous construisons, n'a rien à voir avec la qualité de l'être que nous pouvons devenir. Il faut savoir regarder son âme pour être capable de bien évoluer. Par contre, bien souvent malheureusement, c'est avec les aléas que la vie nous apporte, que nous nous décidons à être meilleurs...

Toutes mes condoléances accompagnent ceux qui vivent ce grand chagrin...

20 avril 2006 à 09 h 14  
Blogger Simon said...

Bonsoir Annie,

Je suis vraiment désolé pour ce qui vous arrive. Je vous envois des ondes positives. Ça vaut ce que ça vaut, mais on sait jamais...

Plus je vais vieillir, plus je serai confronté à la mort de mes proches (si je ne meurs pas avant). Je ne sais pas si je pourrai passer à travers ces épreuves sans (re)tomber dans le giron réconfortant de la religion. Ah, l'âme, la belle idée, mais comme Dieu, je ne suis vraiment pas convaincu de leurs existences...

"Par contre, bien souvent malheureusement, c'est avec les aléas que la vie nous apporte, que nous nous décidons à être meilleurs..."

Oui, ou comme dirait Nietzsche : "Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort"...

Au plaisir de te relire.

Simon

20 avril 2006 à 19 h 35  
Blogger Simon said...

Dans une perspective plus terre-à-terre, voici une autre statistique allant dans le même sens de l'argumentaire du message principal d'avril 2006

20 avril 2006 à 19 h 44  

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